Quand j’étais enfant, j’aimais beaucoup le troisième dimanche de l’Avent. C’était le dimanche où, dans notre Église, on parlait de la visite de Marie à Élisabeth, ce personnage biblique qui porte le même prénom que moi. En grandissant, j’ai commencé à trouver un peu ridicule de m’identifier à cette femme dont on sait finalement assez peu de choses, simplement parce que nous portions le même prénom. (D’ailleurs, je n’ai même pas été appelée ainsi en son honneur : mes parents m’ont donné le prénom de mon arrière-grand-mère.)

Mais avec les années, j’ai découvert un lien plus profond avec Élisabeth. Son histoire se trouve dans le premier chapitre de l’Évangile de Luc. On y apprend qu’elle est l’épouse d’un prêtre nommé Zacharie. La Bible nous dit : « Tous deux étaient justes devant Dieu, ils suivaient d’une manière irréprochable tous les commandements et toutes les lois du Seigneur  » (Luc 1.6). Cela ne signifie pas qu’ils étaient parfaits, mais qu’ils cherchaient à obéir à Dieu et à mener une vie sans péché manifeste.

Obéissante, mais stérile

Pourtant, Élisabeth était stérile. À cette époque, la stérilité était souvent considérée comme une malédiction de Dieu liée à la désobéissance. Pour Élisabeth, cela devait être une grande source de honte. Aux yeux du monde, elle avait échoué en tant que femme.

Aujourd’hui, le fait de ne pas avoir d’enfants n’est plus entouré du même opprobre qu’à cette époque. Mais cela peut toujours être une profonde source de souffrance. Les enfants sont une bénédiction de Dieu, mais beaucoup sont privées de cette bénédiction, non par choix, mais comme l’une des conséquences de la Chute. Une partie des conséquences du péché d’Ève était qu’elle enfanterait dans la douleur. Cette douleur ne se limite pas à celle de l’accouchement ; elle englobe aussi tout ce qui peut mal se passer dans le processus qui permet de donner la vie. Le péché de l’humanité a impacté le monde d’une manière qui touche tous les domaines de notre existence, et Élisabeth faisait partie de celles qui en souffraient.

On nous dit qu’Élisabeth et son mari ont tous deux vieilli en attendant un enfant. C’est là que je ne peux pas m’identifier à elle — du moins, pas encore. Je suis encore jeune. Il est tout à fait possible que je rencontre un homme, que je me marie et que j’aie des enfants. Mais mon célibat dure bien plus longtemps que je ne l’aurais imaginé, et aucun mari ne se profile encore à l’horizon.

Je dois l’avouer, j’en suis déçue. Et de plus en plus, je ressens le désir non seulement d’avoir un mari, mais aussi des enfants. Il est difficile, voire impossible, de comparer la souffrance d’une personne à celle d’une autre. Mais désirer des enfants qu’on n’a pas parce qu’on est célibataire n’est pas complètement différent du fait de désirer des enfants qu’on ne peut pas avoir à cause de l’infertilité. Et cette douleur des espoirs déçus, quelle qu’en soit la forme, est une expérience que nous pouvons toutes connaître.

L’accomplissement de ce qui a été annoncé

Mais Dieu ne laisse pas Élisabeth dans sa déception. Comme tant de femmes de la Bible avant elle, Élisabeth passe de la stérilité à la grossesse. Et pas n’importe quelle grossesse ! Un ange l’annonce à son mari, Zacharie, alors qu’il accomplit son service dans le temple. Zacharie réagit avec incrédulité et, à cause de cela, il perd l’usage de la parole.

Environ six mois plus tard, le même ange apparaît à Marie, une jeune parente d’Élisabeth, et lui annonce, à elle aussi, la naissance d’un enfant. Marie répond avec foi et se soumet au plan de Dieu. Elle part ensuite rendre visite à Élisabeth. Lorsque Marie arrive et la salue, le bébé dans le ventre d’Élisabeth tressaille de joie. Cette scène annonce déjà la relation qu’auront plus tard ces deux cousins : le fils d’Élisabeth, Jean, sera le dernier prophète de l’ancienne alliance et annoncera la venue de Jésus, le fils de Marie. Ainsi, Jean, alors qu’il n’est même pas encore né, est le premier à reconnaître Jésus comme le Messie.

Après Jean, Élisabeth reconnaît Jésus à son tour. Remplie du Saint-Esprit, elle bénit Marie et lui raconte ce qui vient de se passer. Elle appelle Jésus « mon Seigneur » , puis ajoute : « Heureuse celle qui a cru, parce que ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira  » (Luc 1.45).

Élisabeth voit son désir d’avoir un enfant se réaliser. Mais qu’en est-il de celles dont le désir ne se réalise pas ? Et si je reste célibataire toute ma vie ? Qu’en est-il des millions de femmes infertiles qui meurent sans avoir eu d’enfants ? Et de toutes celles et ceux qui souffrent d’une autre manière, sans entrevoir le moindre soulagement ?

La réponse à nos déceptions

L’histoire d’Élisabeth nous apporte une réponse, parce que son histoire ne parle pas seulement d’elle. Elle parle de Jésus. Si la grossesse d’Élisabeth est si importante, c’est précisément parce que son fils deviendra l’homme qui désignera Jésus comme l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Malgré tous ses doutes, Zacharie l’a bien compris. Lorsqu’il retrouve l’usage de la parole, ses premiers mots sont : «  Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël,

d’être intervenu en faveur de son peuple, d’avoir assuré sa rédemption et de nous avoir suscité une corne de salut dans la maison de David, son serviteur  » (Luc 1.68-69 - NBS).

Dans le monde biblique, la corne était un symbole de puissance. Une « corne » dans la maison de David désigne donc un roi qui régnera sur Israël — autrement dit, le Messie. C’est lui qui vient restaurer le monde pour qu’il redevienne tel qu’il devait être. Comme le dit le cantique Joie dans le monde, il vient répandre ses bénédictions partout où la malédiction a laissé sa marque. Voilà notre espérance : un jour viendra où tout ce qui ne va pas, tout ce qui nous fait souffrir, disparaîtra. Jésus a rendu cela possible, et il mènera son œuvre à son accomplissement.

Cette année, pendant l’Avent, j’ai écrit un poème pour exprimer ce que j’aimerais dire à l’Élisabeth de la Bible. Pour l’écrire, je me suis notamment inspirée de Proverbes 13.12 : « Un espoir différé rend le cœur malade, mais un désir accompli est un arbre de vie. » Puisse ce poème vous encourager et vous aider à croire que ce que le Seigneur a annoncé s’accomplira.

À une autre Élisabeth

Les rides sur ton visage et sur tes mains racontaient les années.
De longues années d’attente.
À attendre et à désirer un enfant.
À désirer un enfant, et l’Enfant
qui grandirait pour devenir Roi.

Tes yeux avaient versé des torrents de larmes.
Tes oreilles avaient entendu les murmures et les commérages.
Ton cœur avait porté la douleur de la déception, rendu malade par une espérance qui tardait à s’accomplir.

Mais le proverbe dit qu’un désir accompli est un arbre de vie.
Ton désir, c’était l’Arbre de vie que notre première mère avait perdu.
Et portant dans ton corps les conséquences de sa malédiction, tu aspirais à être restaurée.

Moi aussi, j’attends avec impatience.
Moi aussi, je porte ton nom, et j’ai goûté à la douleur du rejet, à ma propre forme de stérilité.
Mais un jour — un miracle !
Un désir accompli !

Un enfant pour une femme âgée et stérile, et pour son mari réduit au silence.
Tu as attendu, portant cette joie en toi, priant pour que tout se passe bien jusqu’à la naissance.
Et puis elle est arrivée.

Ta jeune parente, portant en elle un bébé encore plus miraculeux que le tien.
Elle t’a saluée — ton enfant a tressailli de joie.
Et tu as compris que non seulement ton enfant était venu, mais que l’Enfant était venu lui aussi.

Tu as été la deuxième à le reconnaître,
après le bébé qui n’était pas encore né.
Tu as proclamé une bénédiction, en versant des larmes de joie
aussi intenses que celles que tu avais versées dans la souffrance.
Et ton désir n’était plus qu’un petit arbuste à côté du véritable Arbre de vie.

Moi aussi, j’attends.
Je prie pour avoir une foi comme la tienne, qui sait reconnaître l’Enfant.
Je prie pour avoir un amour comme le tien, qui se réjouit du salut plus que de toutes les joies terrestres,
car ces joies doivent diminuer, et lui doit grandir.

Alors, dans l’attente, je garde l’espérance,
non pas celle de mon miracle, mais celle du Miracle,
la descendance de la femme qui écrasera la malédiction.
Je ne le vois pas encore, mais en fermant les yeux,
je fais un pas de foi,
et je tressaille de joie.

À propos de l'auteur

Elizabeth Sunshine

Elizabeth Sunshine est professeure adjointe d’études bibliques et théologiques à l’université Carson-Newman. Elle a auparavant travaillé comme rédactrice pour le magazine Studio Classroom, basé à Taipei, à Taïwan. Elle vit aujourd’hui dans le Tennessee.


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