Je me déplace discrètement vers l’arrière de l’église pour consoler mon bébé en pleurs. J’aurai vraiment aimé pouvoir me concentrer pleinement sur le sermon, mais je dois m’occuper de mon petit bout. Il parait que les pleurs de mon bébé ne sont pas seulement une distraction pour moi, ils attirent également l’attention d’autres femmes — celles qui désirent avoir des enfants.
Les bébés qui entourent les femmes sans enfants sont un rappel douloureux dans leur désir de concevoir. Les femmes célibataires, qui souhaitent se marier et avoir des enfants, ressentent des sentiments similaires. Elles se demandent si Dieu leur donnera leur propre bébé — qu’il gigote ou pleure, qu’il soit joyeux ou grincheux, cela leur est égal. Elles désirent simplement ardemment un enfant.
Parfois, lorsque j’ai mon bébé dans les bras, je jette un coup d’œil aux femmes sans enfants et je me souviens de la chance de pouvoir écouter la prédication, avec ma Bible ouverte sur mes genoux et un stylo à la main. Le proverbe « On veut toujours ce qu’on n’a pas » est aussi valable pour les femmes chrétiennes. Cela peut engendrer de la jalousie et de l’amertume dans notre âme, lorsqu’on suppose que les femmes qui ont ce que nous désirons sont pleines de joie et de contentement dans leur situation (Héb. 12.15).
S’efforcer d’être satisfaites en toutes circonstances
Mon mécontentement cesserait-il si je pouvais me concentrer à nouveau sur le sermon ? Les femmes célibataires et celles sans enfants ne se plaindraient-elles plus une fois qu’elles auraient eu un bébé, même s’il détourne leur attention ? Le plus probable c’est que nous continuerions à nous plaindre. Avant d’avoir des enfants, je n’ai pas toujours vécu dans le contentement, et aujourd’hui je ne suis pas non plus parfaitement satisfaite. En tant que chrétiennes, nous devons absolument nous efforcer d’être satisfaites en toutes circonstances. Que nous puissions également encourager les autres à trouver le contentement au lieu de tomber dans le piège de la comparaison et d’une mauvaise interprétation de ce que vivent les autres (Phil. 4.11–13; Héb. 10.24).
Ces deux situations peuvent être à l’origine de souffrances — avoir des enfants et désirer en avoir. En tant que mère, je souffre de ne pas savoir comment réconforter mon bébé, de l’anxiété liée à son éducation, et lorsque je la fais passer avant moi pour n’en nommer que quelques-uns. Les femmes mariées qui désirent des enfants souffrent d’anxiété à l’approche de chaque fin de mois, de la peur des fausses couches, et de la lutte avec le choix de Dieu de ne pas leur donner d’enfants… et la liste est longue. Les femmes célibataires luttent avec la solitude, l’incertitude de l’avenir, et des désirs non satisfaits d’avoir un mari et une famille.
Rachel et Léa
Les Écritures, nous rapportent un conflit autour de la maternité dans l’histoire de Jacob et de la rivalité entre ses épouses, Rachel et Léa. Rachel est belle et reçoit plus d’amour de Jacob. Léa, en revanche, n’est pas très jolie et ne reçoit pas autant d’amour (Gen. 29.17–18, 30). Par la miséricorde de Dieu, Léa conçoit et enfante des enfants tandis que Rachel souffre d’infertilité (Gen. 29.31). Elle croit que, puisque Dieu l’a bénie avec des enfants, son mari lui doit de l’amour. Cependant, il lui faut quatre grossesses avant de se sentir suffisamment contente pour louer le Seigneur (Gen. 29.32–35).
Même si elle est comblée par l’amour de son mari, Rachel, envie sa sœur et souffre de ne pas encore avoir d’enfants (Gen. 30.1–8). D’un côté, Léa est très féconde tandis que Rachel est stérile, de l’autre Rachel est aimée par son mari contrairement à Léa. Chaque femme désire ce que l’autre possède, comme on dit l’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin.
Je ne peux m’empêcher de me demander si Rachel observait souvent Léa, qui se débattait avec un enfant, se disant que si elle pouvait avoir un enfant à élever, elle serait contente. Et Léa, en s’efforçant de s’occuper de ses enfants, pensait-elle que si seulement elle pouvait avoir l’affection de son mari, tout irait bien ?
Idées reçues
Dieu finit par accorder un fils à Rachel (Gen. 30.22). Cependant, ce passage ne garantit pas que toutes les femmes auront des enfants. L’histoire de Rachel et Léa est une merveilleuse illustration de la providence de Dieu qui envoie en Égypte Joseph, le premier-né de Rachel, pour sauver la vie de toute la famille de Jacob. Et Juda, un des fils de Léa, fait partie de la lignée de Jésus (Gen. 45.7 ; Matt. 1.1–2).
Le fait que Dieu n’ait pas accordé d’enfants à certaines femmes ne signifie pas qu’elles ou leurs maris vivent dans le péché ou ont des choses à confesser. Inversement, le fait que Dieu ait accordé des enfants à certaines femmes ne signifie pas qu’elles ne péchent pas ou qu’elles sont davantage bénies. Nous devons garder à l’esprit que nous sommes toutes pécheresses (Rom. 3.23) et que toutes les femmes chrétiennes sont bénies en Christ (Eph. 1.3).
Les enfants sont bien sûr une bénédiction et Dieu nous ordonne d’être féconds et de multiplier (Ps. 127.3 ; Gen. 1.28), mais l’objectif est de produire davantage d’images de lui sur terre. Christ donne aux femmes sans enfants tout ce dont elles ont besoin pour faire des disciples, des enfants spirituels. Elles deviennent des mères spirituelles. Même si la douleur de désirer des enfants biologiques persiste, Dieu peut bénir les mères spirituelles alors qu’elles récoltent les fruits de leur travail missionnaire. Quant aux mères biologiques, Dieu les appelle également à faire des disciples de toutes les nations, même si elles ont déjà bien du travail avec leur propre famille.
Nous sommes toutes sœurs
Lorsque nous partons du principe que ces autres femmes que ces autres femmes, qui ont ce que nous désirons, n’ont pas à lutter pour être satisfaites en Dieu, nous croyons au mensonge selon lequel nous n’avons rien en commun avec elles. Pourtant, l’amour du Christ est le lien commun entre les mères et celles qui n’ont pas d’enfants, entre les femmes mariées et les célibataires. Son œuvre sur la croix nous rapproche, nous offrant la grâce de nous réconforter mutuellement avec la consolation que Dieu nous a donnée (2 Cor. 1.3–4).
Bien que nous ne soyons pas sœurs de sang comme Rachel et Léa, nous sommes sœurs en Christ. Cessons d’éviter les femmes de l’église qui semblent différentes de nous parce que nous pensons qu’elles ont tout ce qu’il leur faut et qu’elles ne comprendront pas notre souffrance.
Elles peuvent posséder ce que nous désirons, mais Dieu connaît nos besoins.
En cherchant à comprendre les souffrances des autres, au lieu de mal nous comprendre et de nous éviter, puissions-nous nous encourager mutuellement à trouver le contentement en Christ. Dieu permet toutes les souffrances pour nous diriger vers celui qui a souffert sur la croix — que nous ayons des enfants ou non. Lorsque nous regardons vers Jésus, il nous montre comment notre souffrance contribue à notre bien (Héb. 12.1–3).
Puissions-nous encourager notre âme chaque jour avec l’évangile de Jésus-Christ et, en retour, encourager les autres. Tu peux désirer ce que cette femme a, mais n’oublie jamais que nous traversons toutes des épreuves. Cette femme peut avoir un parcours différent du tien — et il peut sembler qu’elle possède tout — mais l’Évangile nous rappelle la vérité. Nous sommes sœurs, nous sommes appelées à marcher côte à côte, main dans la main, nous soutenant par la prière et par de doux encouragements. Nous avons en Christ un lien éternel qui ne peut être rompu.